L'ego maintient sa permanence en générant une suite ininterrompue de processus subliminaux dont les tenants et les aboutissants se bouclent pour former l'illusion d'un tout. Cela constitue le bruit de fond de l'agitation mentale. La moindre brèche dans cette continuité risquerait de mettre l'ego en doute. Le rôle de l'ego, en tant que détenteur du principe de cohérence, consiste donc à colmater sans cesse les failles qui apparaissent spontanément dans son processus. Ces brèches sont également le lieu d'apparition de la jouissance (du Réel). Une des stratégies fondamentales de l'ego consiste à inverser la valeur de la jouissance en la nommant : "angoisse". Le miracle du retournement s'opère dès le moment où l'on accepte de considérer l'angoisse comme un signe positif, le lieu d'une dissolution ponctuelle de l'ego. Cela n'est possible que si la position du Sujet est transférée de l'ego à l'Etre.
La position du Sujet n'appartient pas en propre à l'ego, mais à l'Etre. Le sentiment d'être un "je" doué de caractéristiques multiples est un reflet de l'Etre dans la structure de l'ego. Il est impossible pour l'ego de mettre la main sur ce reflet. Son agitation est une compensation réflexe à cette impossibilité. Tel un bon petit soldat toujours sur la brèche, il tente de mimer pro-activement la permanence de l'Etre. Le Sujet est une fonction permanente de l'Etre, mais c'est une permanence de fait, non le résultat de quelque processus continuel. La difficulté consiste à accepter que la permanence du Sujet ne dépende d'aucun processus. La prise de conscience de cette réalité est immédiatement génératrice d'angoisse. Lorsque cette angoisse (cette brèche) apparaît, nous avons le choix entre resserrer l'étau et lâcher prise.
La majorité (la totalité ?) des processus subliminaux responsables de la continuité de l'ego se reflètent au plan corporel sous la forme de tensions musculaires. Les récepteurs kinesthésiques situés dans les muscles, les tendons et les articulations renseignent l'ego quant à son pouvoir de crisper un muscle. Il s'agit d'une boucle narcissique courte, d'un "miroir kinesthésique". La statique de l'ego se réverbère dans la statique corporelle à un niveau subliminal. Il est possible de flairer la trace de l'ego dans la statique corporelle, en ressentant l'état de tension des muscles profonds. La détente d'un muscle profond crée une brèche dans la statique de l'ego, que ce dernier perçoit immédiatement sous forme d'angoisse. Le choix nous appartient, en réponse à cette angoisse, de resserrer l'étreinte ou de lâcher prise.
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