04 septembre 2008

Angoisse d'Etre

L'ego maintient sa permanence en générant une suite ininterrompue de processus subliminaux dont les tenants et les aboutissants se bouclent pour former l'illusion d'un tout. Cela constitue le bruit de fond de l'agitation mentale. La moindre brèche dans cette continuité risquerait de mettre l'ego en doute. Le rôle de l'ego, en tant que détenteur du principe de cohérence, consiste donc à colmater sans cesse les failles qui apparaissent spontanément dans son processus. Ces brèches sont également le lieu d'apparition de la jouissance (du Réel). Une des stratégies fondamentales de l'ego consiste à inverser la valeur de la jouissance en la nommant : "angoisse". Le miracle du retournement s'opère dès le moment où l'on accepte de considérer l'angoisse comme un signe positif, le lieu d'une dissolution ponctuelle de l'ego. Cela n'est possible que si la position du Sujet est transférée de l'ego à l'Etre.

La position du Sujet n'appartient pas en propre à l'ego, mais à l'Etre. Le sentiment d'être un "je" doué de caractéristiques multiples est un reflet de l'Etre dans la structure de l'ego. Il est impossible pour l'ego de mettre la main sur ce reflet. Son agitation est une compensation réflexe à cette impossibilité. Tel un bon petit soldat toujours sur la brèche, il tente de mimer pro-activement la permanence de l'Etre. Le Sujet est une fonction permanente de l'Etre, mais c'est une permanence de fait, non le résultat de quelque processus continuel. La difficulté consiste à accepter que la permanence du Sujet ne dépende d'aucun processus. La prise de conscience de cette réalité est immédiatement génératrice d'angoisse. Lorsque cette angoisse (cette brèche) apparaît, nous avons le choix entre resserrer l'étau et lâcher prise.

La majorité (la totalité ?) des processus subliminaux responsables de la continuité de l'ego se reflètent au plan corporel sous la forme de tensions musculaires. Les récepteurs kinesthésiques situés dans les muscles, les tendons et les articulations renseignent l'ego quant à son pouvoir de crisper un muscle. Il s'agit d'une boucle narcissique courte, d'un "miroir kinesthésique". La statique de l'ego se réverbère dans la statique corporelle à un niveau subliminal. Il est possible de flairer la trace de l'ego dans la statique corporelle, en ressentant l'état de tension des muscles profonds. La détente d'un muscle profond crée une brèche dans la statique de l'ego, que ce dernier perçoit immédiatement sous forme d'angoisse. Le choix nous appartient, en réponse à cette angoisse, de resserrer l'étreinte ou de lâcher prise.

27 août 2008

Paradoxe(s) du Pouvoir

L'homme de pouvoir est obnubilé par la question du comment (atteindre le pouvoir, le maintenir, empêcher quiconque de le partager,...), et ne se pose jamais la question du pourquoi. Il suffirait qu'il se pose un petit peu la question du pourquoi pour perdre tout ou partie de son obnubilation. En outre, il est entouré par une horde de rats-loups aux dents longues qui ont développé un sens extrêmement aigu de la faille chez l'Autre. Tant de lui à lui que de lui aux autres, l'homme de pouvoir sait donc que le moindre doute signifie la mort. Par nécessité vitale, l'homme de pouvoir investit exclusivement son âme dans sa capacité extra-ordinaire à ne pas considérer le contexte. La science du contexte se nommant : écologie, il n'est pas étonnant qu'une planète aux mains exclusive des hommes de pouvoir ressemble, au bout de cent siècles d'exactions, à une immense poubelle.

Cette capacité extra-ordinaire maintient l'homme de pouvoir dans un activisme forcené, une fuite en avant continue, où il lui est interdit de jamais jouir de son pouvoir, où la seule chose permise consiste à jouir d'imposer son pouvoir à tout quiconque lui résiste. Quoique son comportement émanât d'une certaine philosophie prônant l'autonomie, l'homme de pouvoir est donc absolument dépendant des obstructions qui l'encombrent, qui réverbèrent sur lui son sentiment d'exister, et sans lesquelles il ne se sent absolument rien. Ne se sentir absolument rien est l'essence de notre identité humaine, et c'est sans doute pour fuir cette sensation fondamentale que l'homme de pouvoir met tellement d'énergie dans ce qu'il fait. Le problème c'est que, tôt ou tard, s'il est suffisamment volontaire et/ou intelligent, l'homme de pouvoir atteindra le pouvoir absolu, càd un état sans obstruction. Sans rien pour réverbérer son identité sur lui, il sera confronté au même sentiment de vide total qu'il tentait de fuir, sans plus rien pour l'en départir. L'histoire nous raconte que ces gens-là virent dans l'alcoolisme (Staline), les barbituriques (Mao), ou simplement dans la folie (Howard Hugues). Les gens de pouvoir moins volontaires et/ou moins intelligents savent-ils que le pouvoir absolu est un état illusoire, équivalant en réalité à la mort de l'âme ? Probablement pas, car pour savoir cela, il faudrait qu'ils se posent (un peu) la question du pourquoi ...

20 août 2008

Nostalgie

Nostalgie d'un temps perdu, où les gens marchaient avec le coeur en tête ... Cet instant que nous partageons tous, déchiré sans cesse par les allées et venues des fonctionnaires de la République, et qui persiste en silence, imperturbable. Je regarde par la fenêtre de l'Administration Communale de St Josse, et je vois le flux permanent des petits caissons métalliques à roulettes, le long de la Petite Ceinture, chaque voiture allant dans un sens contrebalancée par une voiture de masse équivalente allant dans l'autre sens à la même vitesse. La somme vectorielle de ce double flux étant égale à zéro, pourquoi dépenser tant d'énergie ? Avec une petite mise au point initiale, ne pourrait-on s'arranger pour que chacun reste en place ? Mais la seule question qui se pose est : "comment (relier A et B vite vite) ? ", jamais : "pourquoi ?". Alors je pense à cette scène délicieuse dans Traffic de Tati, où deux personnages en panne d'essence se croisent, marchant de part et d'autre de la route avec un bidon vide cognant sur la jambe.

Mon coeur, consubstantiel au Corps d'Amour du Monde, est blessé par tant d'inconvenance. Ce matin, dans le métro, je voyais tous ces êtres clos, centrés sur leur corps souffrant, tristes, se rendre au lieu de leur travail pour accomplir des tâches probablement répétitives, qui les sépareraient toujours plus de leur Conscience d'être. Pourquoi tant d'agitation, de tristesse, de nostalgie d'un temps qu'ils n'ont jamais connu mais dont leur âme, en silence, aspire à reconnaître les moindres reflets dans le regard d'un ami, d'un amant, d'un guru de passage ? Cent visages que je n'ai jamais vu, et que je ne reverrai probablement jamais. Nous sommes saturés de rencontres insignifiantes, nous croisons mille fois par jour le visage d'un inconnu. Quand nous arrêtons-nous pour nous étonner de lui, du miracle qu'il représente ? Quand lui proposons-nous de s'asseoir, juste cinq minutes avec nous, à une terrasse de café, pour partager un moment, nous raconter son histoire, ses envies, sa nostalgie, sa passion qu'il n'aura jamais le temps d'accomplir, ou simplement, pour écouter sans penser le flux du vent dans les feuilles de l'arbre ?

19 août 2008

Continuité

Comment percevoir la saveur de l'eau si j'en suis constitué à 80% ? Comment percevoir le goût de l'air si je le respire continûment ? Il faudra manquer d'eau ou d'air pour percevoir ces deux substances par contraste. Ceci est possible pour des substances dont la quantité est fluctuante. Mais quoi de l'Esprit ? Mon identité est constituée à 100% d'Esprit, et cette substance particulière ne connaît aucune fluctuation, sa densité étant maximale en tout point de l'espace et du temps. Comment le percevoir ? La réponse est simple : c'est impossible. L'Esprit étant le sujet percevant, je ne puis le percevoir, au même titre que l'oeil ne peut se voir ni l'oreille s'entendre.

Cette impossibilité constitue un vide particulier, essentiel, qui est sa signature spécifique. Je ne puis poser l'Esprit face à moi comme un objet. C'est un critère très intéressant, car si je puis poser un quelconque "esprit" face à moi (le considérer, y appliquer mon attention, réfléchir à son sujet), il y a de fortes chances pour que ce que j'étiquette sous cette appellation ne soit pas l'Esprit, mais un concept, une idée, un idéal, autant de formes plus ou moins subtiles tentant de s'y référer mais non confondables avec lui. Je ne puis le connaître que par expérience. Je puis accorder mon être à sa Présence, ma conscience et sa clarté étant consubstantielles, comme le sont un lac, un nuage, un océan.

18 août 2008

Vide Négatif

Autant commencer par une tautologie "vide négatif" ... hum. Le paradoxe du sujet tient au fait qu'on ne peut l'objectiver (par définition). Quant à le dégager de toute forme-objet (quant à le dégager de "ce qu'il n'est pas"), il s'agit d'utiliser le mental discriminateur pour "pointer" toute forme flottant dans son espace vide. Le mental discriminateur possèdant une vertu ana-lytique (dissolvante), le simple fait de pointer du doigt la forme-objet suffit à la dissoudre. Les quatre niveaux d'intensité de ce pouvoir sont représentés dans la tradition Vajrayana sous la forme des quatre instruments du Mahakala (bol, hachoir, épée, trident).

Le (seul) problème tient au fait que, manquant d'une référence valide qui serait absolument vide (en tant que je suis en processus et que la référence absolument vide n'est pas établie en "moi"), la confusion sujet/objet reste possible. A moins d'avoir comme référence comparative l'état de pure vacuité, le contraste fond/forme est impossible à percevoir dans le cas d'objets dont la subtilité et/ou la normalité les rend confondable avec la vacuité. Par exemple, je peux être dépressif depuis vingt ans, et le fond morose dont mon âme est tapissée peut m'apparaître comme absolument normal, vide de contenu. Je ne puis percevoir ce fond morose, ni prendre conscience de son anormalité (je ne puis en percevoir la forme) qu'à condition de "faire fond" sur un état de vacuité vraie qui serait dégagée de cette morosité. En somme, le levier de la transformation intérieure ne peut mouvoir l'ego que si son point d'appui lui est extérieur.

La projection n'est dans ce cas d'aucune utilité : "un jour je connaîtrai la vacuité", car si je n'ai jamais connu la vacuité, je ne puis la projeter qu'en faux. Le mieux est d'utiliser la mémoire. D'ailleurs, je ne vois pas pourquoi mon âme aspirerait à accomplir un état qu'elle n'a jamais connu. Si mon âme nostalgique aspire à accomplir un état, c'est que cet état est présent, sous une forme ou une autre, dans ma mémoire. L'avantage d'utiliser la mémoire tient au fait que l'état y référé est déjà accompli. Par référence à l'état de vacuité que déjà, un jour, j'ai connu, toute forme contenue dans mon âme apparaît clairement, par contraposition.

14 août 2008

PHP Tantrique

Plongé dans l'apprentissage du scripting PHP, je sens les rouages de ma pensée qui se remettent en mouvement selon cette modalité particulière que propose la programmation : pensée performative, exigeant une concentration pointue sur les détails alliée à la capacité de percevoir les rapports schématiques ouverts. Pensée complète, en somme, qui à la fois embrasse et pénètre.

Toutefois, mon esprit résiste, paresse, se distrait. En pointant du doigt "ce qui" résiste, je reconnais le visage froncé de ma mère. Alors je vois sa méthode qui consiste à "ne pas penser", afin de ne pas dénoncer le faux dont son ego est constitué. Manière d'évitement, donc, car la connaissance mène à la responsabilité. Choix de rester "infans", sans parole, désarticulée, afin de ne pas assumer son identité. Enfant éternel, irresponsable, noyé dans l'illusion de la liberté et du pouvoir. Cela me rappelle aussi : "moi".

Ayant reconnu cela, le masque de ma mère se détache de moi, mon froncement de visage disparait, ma fatigue mentale se dissout, et ma pensée s'ouvre à son mode de fonctionnement plus naturel. Curieux comme l'apprentissage du scripting PHP peut influer sur la connaissance de soi ...

13 avril 2008

Sociopathie & Normalisation

Une certaine méthode psychothérapeutique que l'on pourrait qualifier de normative propose de répondre à tel excès de l'âme par une force contraire qui pourrait l'équilibrer. Par exemple, on peut répondre à l'excès vital propre à certain comportement sociopathique en augmentant la charge coercitive "socionormative" - ce que la prison ou la chaise électrique font de manière plus ou moins conscientes. Il s'agit en somme de résoudre le conflit entre liberté et contrainte en augmentant la contrainte, ce qui me semble un tout petit peu naïf, car basé sur la croyance que la liberté pourrait ... s'éteindre ?

Si conflit il y a, c'est parce que, dès le départ, dans la représentation qu'il se fait de lui-même, l'être répond à chacun de ses "excès" en invoquant la force qui lui est opposée. Au moment où, par exemple, le sociopathe ressent de la Joie - expression naturelle d'un vital libre - automatiquement sa pensée invoque l'image d'une coercition, et cette invocation génère, par réaction immédiate, une pression du vital à l'encontre de cette image. Et plus l'image est de nature coercitive, plus la réaction du vital sera violente. La question n'est donc pas "que faire pour adapter le sociopathe à la structure coercitive de la cité" mais "comment aider le sociopathe à libérer sa joie de toute coercition imaginaire".

24 janvier 2008

L'Embarras du Choix

Je flottais galamment dans les atours cotonneux de ma conscience matinale lorsque je décidai d'apposer sur moi un regard non dénué de connivence. Holà fichtre ! Finalement, à tout bien penser, des éclairs de lucidité électrique parcouraient mes atours inconfortablement. Car la Vie (avec une majuscule s'il vous plaît) s'ingénie à nous confronter. Enfin bon, elle ne s'ingénie pas, elle est assez directe. C'est nous - je veux dire : moi - qui tortille du cul. Le souvenir de quelques exigences de confrontation dues à l'existence d'un Réel indépendant de ma volonté se rappellaient à moi fort diligemment ...

Il y a ce propriétaire dont l'index annuel ressemble de plus en plus à un majeur - ?! - et, qui plus est, habite au rez de mon propre immeuble. Il y a cet enfant (très) nouveau-né qui s'agite à l'étage en-dessous. Et il y a sa maman qui a décidé de le stimuler de façon systématique (en déclamant la même comptine, à plus soixante décibels, nonante fois d'affilée). Tout ceci vient taper au centre de mon bulbe avec une constance proprement mathématique. Le ciblage est très précis. Les sons de la maman, les gloussements du môme, l'ambiance générale de méfiance due au spectre de mon propriétaire contre lequel je devrais bientôt faire appel à la loi, tout cela vient stimuler précisément le même point. Condensat d'énergie, pouvant prendre plusieurs états selon mon degré de disponibilité : résignation, frustration, agitation, colère, angoisse, excitation ou joie, selon.

L'idée que je puisse faire appel à la loi pour confronter l'index intrusif de mon propriétaire me fait osciller de l'angoisse à l'excitation, selon mon degré d'acceptation de cette idée. Si je reserre ma prise, cela m'angoisse. Si je me détend, cela me remplit d'excitation joyeuse. Haha ! Le pleutre ! L'infâme ! Et me voici brandissant le glaive de mon propre Vital face à l'ennemi obscur et rampant. En fait, le Vital se brandit en moi, de sa propre initiative, indépendamment de ma volonté. Cela m'agite, m'angoisse, me fait tortiller parce qu'une part consciente de moi refuse de le laisser faire. Le tout Autre, Dieu comme moteur de mon action, prend sa source au plus intîme de moi. C'est à la fois : totalement intîme et totalement étranger. Il est peut-être plus simple de gérer cette sorte d'absolue impudeur en la constellant dans une nuée de personnages : la maman, l'ogre, le môme, afin de mettre un peu de distance de soi à soi. Le Réel venant me confronter lors de mon assise matinale c'est, en réalité, une part exilée de moi qui se rappelle à moi en vue de sa réintégration.

30 décembre 2007

Narcissisme Vibratoire

Le stade édenique - précédant la conscience de soi - est un alignement des fréquences mentales sur les fréquences corporelles, stade qualifiable d'harmonique dans le sens musical du terme. Tout est en phase avec le Grand Diapason, donc rien n'apparaît. Unité & perfection.

Puisque la chute est possible, elle est inévitable. La possibilité existe, pour le mental, d'expérimenter l'émission de fréquences dysharmoniques. Ces fréquences, émises par le point focal de la conscience, irradient vers la périphérie et remplissent une bulle dont le centre serait le centre du crâne, et la limite, le lieu où l'énergie mentale établit le contact avec l'énergie corporelle / le monde. Cette limite existe parce que les deux zones vibratoires sont en rupture de phase. Si les deux zones étaient en phase, elles s'interpénètreraient sans discontinuer, et il serait impossible de tracer une limite les séparant. Mais puisque dans l'hypothèse que nous considérons ici, le mental produit des fréquences dysharmoniques, une rupture de phase apparaît, telle l'agitation de la brise sur la surface d'un lac, et cette agitation est comme un voile doué d'opacité.

Cette opacité joue le rôle d'un miroir, qui permet au regard de l'attention de revenir en direction de son centre émetteur. Le simple fait que le mental décide - arbitrairement - de produire des fréquences dysharmoniques génère, en cascade : (1) une rupture de phase avec le monde / le corps (2) une séparation de l'univers en deux fragments : moi / non-moi (3) une réverbération confirmant en retour la conscience sur son pouvoir d'entrer en rupture avec le monde / le corps. Nous proposons ici une définition vibratoire du narcissisme.

J'aimerais souligner un instant la légère ironie d'une situation où le mental, pourtant la source de la rupture, désigne le corps comme étant le lieu de cette rupture. Pris par l'arrogance de son propre arbitraire, le mental n'a pas conscience d'être à l'origine du problème. Plus encore, puisque le problème - le désagrément tactile de la rupture de phase - apparaît de son point de vue à l'endroit où le corps apparaît, il pourrait volontiers se sentir investi de la mission de réformer le corps / le monde, de l'améliorer, de le guérir. Nous pourrions trouver ici l'explication d'une certain prosélytisme destructeur dont l'humain semble souffrir, dont l'histoire nous a montré qu'il était capable de faire preuve en matières de colonialisme, d'éducation, de médecine, d'écologie, de fabrication compulsive de machines anthropophages ...

14 décembre 2007

Rumsfeld & Rose

Le 19 août 2005, Donald Rumsfeld, Secrétaire à la Défense US, est interviewé par Charlie Rose.

Charlie caresse Donald dans le sens du poil. Ce dernier se détend. Peu à peu, Charlie approche les limites du noyau de dénégation qui tient lieu d'identité à Donald. Il essaie peu à peu de lui faire considérer l'existence d'un point de vue qui serait différent, opposé ou complémentaire au sien. Donald resserre sa focale à proportion des tentatives de Charlie de le mettre en doute. Il dénie son droit d'existence à toute affirmation qui viendrait contredire son credo. Sa capacité d'écoute confine à zéro. C'est une machine de guerre, un pitbull capable d'organiser le comment d'une guerre sans jamais se poser la question de son pourquoi. Par exemple, quoi du paradoxe consistant à imposer à un pays étranger la démocratie selon un mouvement arbitraire, basé sur une décision unilatérale, càd, non-démocratique ? Il faut un one-sided-mind pitbull pour assumer un tel paradoxe sans sourciller. Et pourtant, en-deçà de son masque serré, je ne puis m'empêcher de sentir sa peur, émanant de ce lieu de doute obscur en lui dont il dénie tout droit à l'existence. Lieu chargé de monstres, ombre impalpable dont il préfère projeter le fantôme sur le visage grimaçant de l'ennemi, pour se donner l'impression qu'il peut plus adéquatement le contrôler, le nommer, l'interdire. Gare au dupe !

"Repression works !" en parlant du futur de la Chine, soulignant l'existence possible d'une gestion basée sur le contrôle total de l'état sur le citoyen. Voir la façon dont le - jusque là - réfléchi Donald se met à tordre des fesses sur son fauteuil. Sa voix se charge d'intonations jubilatoires. Son regard, soudain, brille de l'enthousiasme vital d'un enfant découvrant un nouveau jouet très rouge. Il a l'air, en somme, d'en jouir. Son discours conscient, par ailleurs, prône la démocratie, le pouvoir de la libre entreprise, la possibilité de définir son destin individuel en toute indépendance. Je me vois lui dire : Donald, tu soutiens une opinion contraire à celle que ton corps exprime. Et lui me regarderait sans comprendre, soudain frappé d'une surdité très spécifique.

23 novembre 2007

Lacan et la Totalité Confuse

Ses phrases comme des pelotes racrapotées. Chaque mot est entouré de petites ventouses qui agrippent les autres mots et, la phrase allant de l'avant, elle se resserre toujours plus petitement. Il y a, au centre du mouvement giratoire des astres de sa pensée, un trou noir secret qui serait, à la fois, la racine du sens des mots et l'aboutissement de leur agonie. Les mots, aspirés par le centre de rotation, tombent dans la Totalité Confuse qui précède (et succède à) toute forme. Contre cela, le fils de vinaigrier, refusant l'absolue pesanteur de sa condition sociale, agite pieds et poings dans une lutte qui représente (1) la révolte de l'esprit contre l'absurdité de notre condition matérielle et (2) la réponse du désir à la fatalité de notre destin d'espèce agonisante. Mais en même temps, de son propre point de vue, cette lutte ne peut aboutir, car (1) la condition humaine, c'est de ne pas exister hors de la matière, et (2) la condition du désir, c'est de rester à jamais inaccompli. Entre ces deux inévitables, une tension, comme un paradoxe continu, l'empêche absolument de se détendre. Il ne lui reste plus, pour exprimer la Totalité Confuse mourante à la racine de son âme, qu'à choisir entre le silence résigné et le balbutiement.

Progrès en (matière de) pénurie

La marge de crédit me permettant de satisfaire plus que mes simples besoins se rétrécit encore. Je pourrais y réagir, me révolter contre. Je décide de m'y accorder. Un sourire vient naître spontanément au coin de mes yeux. Lorsque cette marge sera devenue égale à zéro, j'aurai enfin atteint le sol du No Man's Land. Une partie de moi s'oppose à cette possibilité, une autre partie de moi s'en réjouit. L'avantage de la pénurie, c'est d'augmenter le contraste entre ces deux parties de moi. La pénurie est la condition de la discrimination.

Guerrier de l'emploi

Entre une science politique qui veut imposer à tout humain le format robot/soldat/esclave et une science bio-informatique qui veut insuffler l'intelligence artificielle dans des puces en silicium, on va bien finir par se croiser ...
Le caractère spécifique du Volontaire d’emploi se définit par une volonté permanente, pratique et opérationnelle, sachant que chez lui c’est le mental qui fait la différence et non la personnalité ou la nature des diplômes. Il est animé par l’espoir de réussir, par un but à atteindre, comme par l’affirmation de sa valeur intime en représentant un vrai “battant social”, bien plus que de très nombreux salariés en poste.
in : Markethon - Volontaire d’emploi M3 - Éditions Numériques - automne 2007